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psychanalyse

Dimanche 4 septembre 2005

 

  Ouvrir une parole alors que c'est si difficile d'écrire, voilà ce que j'attends de ce blog. Ouvrir la mienne, qui ne parvient pas toujours à aller jusqu'à son trognon, malgré les instants plusieurs fois par semaine, où sur un divan, elle se laisse aller.

Pourquoi ? Voilà le trognon de toutes les phrases qui sortent de ma bouche, même si leur forme est souvent affirmative.

- Allô ?

- Bonsoir, c'est moi... Ah merde ! Bonjour (putain on est le matin, pourquoi tu dis bonsoir !)

- Super ! Tu commences par un lapsus... T'es pas prête de pouvoir raconter des choses normalement dites...

Eh non... Quand on explore son inconscient, on ne fait plus rien comme avant. On ne le sait pas avant de commencer. Heureusement peut-être, on garderait son joli petit symptôme et on se la fermerait.

Ouais... Seulement, ça fait bobo... Et la prison invisible qui m'entourait partout où j'allais, devait être explosée. C'est toute ma vie, ça : exploser les prisons invisibles.

Je le fais pour les autres, en tout cas j'essaies... Je remarque que quand je veux exploser une barricade chez quelqu'un, ça foire ; et en général, c'est au détour d'une remarque un peu affutée, qui me sort comme ça, qu'on me dit : "Putain, ce que tu(vous) m'as dit, ça m'a trotté et depuis, je me pose cette question (...) Qu'en penses-tu ?"

Et merde... Qu'est-ce que j'ai dit encore, ou plutôt qu'est-ce qu'il a entendu par l'intermédiaire de ce que j'ai dit. Et voilà, le circuit de l'analyse est reparti.

Qu'est-ce qu'on dit quand on se tait ? Qu'est-ce qu'on tait quand on se dit...

Pour le premier mouvement de ce blog, je parie à mon moi, que je tairais l'enjeu, ce pourquoi je fais ça, écrire.

Entendes qui voudra...

 
Par Marge
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Lundi 5 septembre 2005
Les rêves avant la psychanalyse, c'était des images, un peu divinatoires. Dans l'histoire de l'humanité, on a toujours interprété les rêves, mais en fonction d'une symbolique générale. Freud est le premier qui explore le rêve dans sa signification intime, inaccessible à l'autre sans la participation de la parole du patient.
Pour moi aussi, avant l'entrée en cure, mes rêves me fascinaient... Je me disais qu'il y avait une activité en moi, sourde et pantomime, qui articulait un discours dont j'essayais de comprendre les bribes.
J'ai alors recherché dans la signification-clef des rêves, et cela ne m'a conduite nulle part, à part dans des aberrations qui ne m'ont strictement servi à rien.
Depuis la cure, depuis que je parle à quelqu'un, mes rêves ont pris du large, ils se sont étendus, sont sortis de leur cloisonnement. Je ne les interprète pas, j'en parle quelquefois quand ça me vient. Ce n'est pas toujours intéressant, mais ça l'est des fois. Ces fois-là, je m'en souviens très bien.
Des moments où l'on se torsionne et où ça tourne. Hop ! Une autre direction est prise désormais : j'ai crevé les yeux de mon père dans le miroir, j'ai fait cuire ma fille dans un four, j'ai sauté du haut de la falaise et je ne me suis pas réveillée angoissée, j'ai apprécié le vertige comme une jouissance nouvelle et me suis rescapée de cette chute auparavant mortelle...
Ces fictions parlent de ma façon d'être avec les autres, des aspérités de ma jouissance intime : ce qui me plaît, ce que je désire, ceux que j'aime ou hait, etc.

Souvent au réveil le matin, depuis quelques années, j'ai un sursaut  de désir : une idée issue de mon travail de nuit, où endormie je semble plus que jamais réveillée, se présente à moi, sous la forme d'un impératif particulièrement pertinent.
"Il faut que tu écrives ça", "Il faut que tu partes là-bas", etc.
J'ai mis longtemps avant de pouvoir entendre ce qui se disait là-dedans. J'hésitais à obéir à ces injonctions souvent folles et enthousiastes. Une dictature du désir s'était installée à mon insu : qu'allais-je en faire ?

Me rendormir ou continuer à le réveiller (lapsus : je voulais écrire me réveiller) ?

 C'est bien ça la question : il y a un "il" dans mon impératif, un Autre à qui je m'adresse des messages venus d'un autre bout de moi-même.
Ca vous paraît compliqué ?
Il y a des femmes qui ne cherchent pas ce qui les fait bouger. Moi j'ai trouvé ce qui pouvait me tenir immobile, et j'ai volontairement fait le choix de briser, d'arracher mes liens, tout en sachant qu'un jour, sans que je m'en rende compte, elles se reforgeraient avec mon consentement... Mais pas-toutes.
Un lien, c'est agréable, mais l'équivoque se fait entendre : c'est un enchaînement, une ligature : est-ce que tu me trompes ?

Natacha Michel," Laissez tomber l'infini, il  revient par la fenêtre "
Karen Blixen...
Voici les prochains menus de ma délectation à vous raconter : la féminité paradoxale, les contours du visage d'une femme.
 

Par Marge
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Lundi 5 septembre 2005
J'ai échangé plusieurs fois aujourd'hui avec des collègues, qui réagissent tous sur le net, à la sortie du "Livre noir de la psychanalyse"...

Au-delà de la véhémence de l'attaque (Lilliputt a-t-il chatouillé Gulliver ?), les Thérapeutes Cognitivistes et Comportementaux (cons porte-manteau) m'agacent. C'est déjà trop leur faire plaisir, parce qu'ils se prennent pour des géants, se parent de grandes phrases, de ressources dites scientifiques officielles, mais pour se bâtir une carrière digne de ce nom, sont obligés d'aller cracher sur la tombe de Freud.

Alors ce soir, je me lâche ! Ca suffit maintenant : quelle analyse faire de cette adversité, de cette rivalité hargneuse d'un côté, et de l'indifférence, de la belle âme des psychanalystes, qui laissent faire et dire ?

Je me pose plusieurs questions :

- Comment baisent les cognitivistes ?
- Pourquoi veulent-ils ne pas regarder ce qui se passe dans le discours de leurs patients?
- Pourquoi n'aiment-ils pas mes blagues ? (je suis drôle pourtant...si, si !)
- Pourquoi nous font-ils chier ?

J'ai plusieurs hypothèses... Je crois que quand on prône pour guérir les victimes du cyclone Katrina, que "Dans cette période de souffrances et d'angoisses immenses, nous rappelons à tout le monde, même ceux qui regardent de loin ces événements à la télévision, de faire attention à leur santé mentale", que le vent est aussi l'énergie qui permet d'avoir de l'electricité, que ce n'est pas toujours mauvais..., on ne peut pas être scientifique.
Ca me fout les jetons... Je me dis, ils nous prennent pour des gens stupides. Que fait-on quand on est orienté par la psychanalyse et qu'il y a des catastrophes ? On prend le parti du sujet : on sait qu'il y a l'effet d'après-coup, que peut-être il sera mal longtemps après, et que s'il est très mal de cette catastrophe, c'est qu'il y a un élément qui est rentré en collision avec quelque chose qui était présent en lui, avant.

Ces personnes, fourbues de bon sens, sinistres répétiteurs des banalités de la morale contemporaine, ne peuvent que faire l'amour normalement. "Ce n'est pas grave, pensez à quelque chose de positif..." La vie érotique de ces gens-là me terrorise... Un tel aplatissement du désir chez les patients ne racontent que les inhibitions obsessionnelles qui les structurent.

Ils se gardent d'écouter les divagations de leurs patients : agents d'une morale du discours, ils savent ce qu'il faut bien penser, ce qu'il faut bien dire. Ils savent ce qui vous fait du mal. On ne se préoccupe pas de pourquoi. On dit comment ne plus penser, ne plus faire ça.
Moi, j'aime les pourquoi. J'aime les gens qui mettent des points d'interrogation dans leur vie, ceux qui ne savent pas, ceux qui se laissent surprendre, qui ont envie d'en savoir plus, qui n'aiment pas maîtriser la folie de la vie.
Alexandre Jardin, malgré la difficulté de l'excentricité familiale, n'a pas reculé, il a croqué la vie, au lieu de se laisser happer par la sinistre normalité du bien. Bien manger, bien baiser, bien vivre : Révoltons-nous ! Si je fume, si je dérive, si ça me plaît, c'est que c'est moi !
Ils nous font chier parce qu'on est allé plus loin, parce qu'on a dépassé nos impossibles, qu'on a explosé lkes catégories évidentes de la vie. Ils nous haient, parce que la psychanalyse est formidable d'originalité, de subversion, d'inventions.
Et ça, c'est insupportable !
Par Marge
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Mardi 6 septembre 2005
Serais-je devenue une "babilan", comme l'invente si bien Natacha Michel, dans son merveilleux récit, au titre fabuleux "Laissez tomber l'infini, il revient par la fenêtre" ! Un babilan, car elle utilise ce mot pour qualifier les hommes qui rencontrent des femmes pour leur parler (si, si, ça existe...). Pourquoi se plaindre qu'un homme vous parle ? Pourquoi cette drôle de pathologie de la relation devrait-elle être abolie au sens commun ?
Moi aussi, je parle... Je parle parce que je n'arrive pas à dire. Je n'arrive pas à dire que ... Alors, je parle. J'ai repris à parler en cure, c'est la rentrée de mon analyste aussi. Elle a changé ses rideaux et a mis un nouvelle couverture sur le divan, un drapé épais jaune cireux. D'un style extrêmement douteux, exactement le malaise fade qui m'habite en ce moment. Il est tout à fait probable que d'autres qui viennent ce répandre sur ce divan auront trouvé le jaune agréable, mais voilà, moi il me plaît pas... Je ne lui ai pas dit, je ne la paye pas pour lui parler de son mobilier !
Alors pourquoi je la paye ? Je la paye parce que je viens essayer de décrocher de ma parole, un dire, ce qui est si difficile et qui ne prend consistance que quand elle est là, derrière à être présente.
Figurez-vous, aussi incroyable que cela puisse paraître, cela m'est arrivée de dire.  Je trouve ça formidable...
La plupart des gens croient qu'ils parlent, mais ils ne savent pas qu'il vident leur comprenoire, sans regarder le trou qui s'y cache. Il y a un trou dans mon appareil à comprendre, il y a des trucs que je ne comprends pas.
Comme, pourquoi ce qui m'est douloureux me fait du bien ? Pourquoi est-"il" comme ça avec moi ? Pourquoi se cache-t-il ? Pourquoi je ne vis que si je sais que je vais mourir ? Pourquoi aimer, c'est manquer de quelqu'un...
Enfin, tout un tas de conneries cruciales (belle oxymore...), qui occupent mon inconscient, enfin, c'est ce que je crois (il ne me dit pas tout).
Alors, avec deux de mes amies, que j'aime profondément, je leur parle. C'est très différent de la parole "divanesque" (divanophobes s'abstenir...), mais j'aime bien leur parler. Je ne leur parle pas de la même façon, je ne comprends pas les mêmes choses face à l'une et face à l'autre.
En tout cas, s'il arrive que l'on blablate (j'ai horreur des cafards...), il est fréquent que l'on se dise quelque chose. C'est quoi alors se dire quelque chose ?
C'est entendre de la bouche de l'autre, ce qui est vivant mais qu'on ignore. J'aime ça, entendre la vie dans la bouche de quelqu'un. Je suis curieuse de savoir comment elles vivent, avec leurs hommes, avec leur angoisse, avec leur mère, avec leur corps en fait.
Je crois leur prêter assez d'intérêt pour qu'elles trouvent un peu de ça chez moi aussi : j'accepte qu'elles viennent m'arracher un bout de moi dans ce que je leur dit.
C'est cela qui est difficile avec les hommes : dans leur bulle, il y a tellement de choses qu'ils ne disent pas, ils n'ont pas cette liberté de se détacher facilement d'un bout de leur corps, et j'ai l'impression en ce moment de ne rien entendre de leur discours. A part du blabla...
Peut-être est-ce moi qui ne peut rien leur prendre pour le moment. Il m'est arrivée de venir arracher quelque chose à un homme : ça fait gros bobo ! Mais c'est intéressant...
Peut-être faut-il laisser la bulle éclater toute seule.
Vous reprendrez bien encore un peu de ... ? ? ?

Par Marge
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Jeudi 8 septembre 2005

Aujourd'hui, après avoir passé en revue plusieurs moments importants de ma semaine, je me dis que je rate différamment d'avant... Vous allez me dire : pourquoi dire cela, si je rate encore ? Hier, une vieille femme qui vient me voir depuis presque un an, a commencé sa séance en me disant que "c'était la fin de son parcours chez moi". La fin de votre parcours ? Et là, ça craque : oui, elle veut mourir car sa vie n'en vaut plus la peine, elle ne s'est jamais mariée, a supporté jusqu'à sa mort une mère qui l'a empoisonnée, n'a pas eu d'enfants, tout le monde croit qu'elle ment quand elle dit qu'elle ne peut pas manger. "J'ai tout raté... Avant, c'était déjà le cas, mais depuis que je viens vous parler, je commence à pouvoir le savoir."
Mon Dieu ! (Merde, je suis sensée être athée...) Un savoir qu'elle vient juste de prendre en charge, mais quel savoir !!! Le ratage... Est-ce vraiment le cas ? Est-ce que personne ne vous a jamais aimé ?

Parce que c'est ça la seule porte : ce qui vient se gluer sur ce maudit ratage, l'amour. Si, son père... Il prenait toujours sa défense. Mais, le mensonge, la vérité, tous ces mots qu'elle n'a pas dit, ceux qu'on lui a fait ingurgiter de force et qu'elle a cru, alors qu'elle savait que c'était faux...
A la fin de sa vie, elle vient me voir, me parler parce qu'elle ne mange plus depuis plusieurs années. Elle est nourrie par une sonde gastrique. Elle a perdu l'équilibre. Au bout de ce temps de déconstruction, l'horreur se montre.
Oui, sauf que là, je suis là !

Je suis là parce que j'ai la responsabilité de ce qu'elle découvre par mon intermédiaire. L'aurait-elle découvert si je ne l'avais pas menée sur ce chemin ? Probablement pas...
Pourquoi est-ce que je fais ça à des sujets qui ont passé leur vie à n'en rien vouloir savoir ? Parce que, la vie, c'est avoir une place et l'aimer, et cette femme ne la trouvait plus, elle ne l'aimait pas.
L'amour, l'amour ? J'en parle comme si j'en savais quelque chose, alors qu'aujourd'hui, dans un autre registre, j'ai raté un geste. Un geste qui peut-être ne se représentera pas. Je l'ai raté parce que pour vivre tranquillement, il faut se déprendre de l'amour, mais comme c'est merveilleux d'être surprise !
Je ne suis pas fière d'avoir pris à la légère ce pas en avant. Je ne suis pas fière de l'avoir défié cet amour, comme si de ne pas le regarder, il ne me toucherait plus.
Cela m'a fendue en deux et je peux dire ce soir, que le ratage amoureux est le seul qui vaille la peine de vivre.
Par Marge
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