Jeudi matin, j'ai été appelée pour parler aux étudiants de psychologie de la Faculté où j'ai fait mes études. En effet, ils ne sont pas au courant du fait que l'on essaye de supprimer leur filière, de la manière la plus sournoise qui soit, en proposant d'éradiquer la théorie qui la rend pertinente : la psychanalyse.
Les attaques frontales ont toujours renforcé la psychanalyse, qui y voit une occasion de se mettre encore plus du côté de ce qui subvertit le discours commun. Aujourd'hui, ce discours commun est d'apparence bureaucratique (pour simplifier les choses, parce que les critiques nous empechent de travailler), mais il cache mal sa visée uniformisante : une pensée unique, celle qui coute le moins cher, celle qui a des allures de science, celle qui ne nous pose pas trop de questions.
Tout cela donne envie de vomir, et comme je le disais à quelqu'un qui a été insulté de la même bêtise dans une autre discipline de soin, il faut défendre sa parole, il faut se faire entendre, quitte à avoir de vrais ennemis, pour ne pas perdre son âme.
L'âme est loin d'être une idée stupide, même si pour moi l'origine de celle-ci m'intéresse peu. Dans ce contexte de sauvegarde des cliniques, elle va de pair avec l'honneur, l'intégrité et la légitimité intellectuelle.
J'aime cette photo du Che, parce qu'il relève la tête comme par défi, seulement, dans son regard se niche un intéret pour l'autre, même si il sait déjà ce qu'il va dire pour le défaire.
L'usage du cigare chez les hommes géniaux du XX° siècle devrait nous inciter à regarder de plus près la puissance orale que ces barreaux de chaise représentent...
Alors, je leur ai parlé : sans cigare, mais avec ma passion, ma rage de conserver cette formation pour d'autres personnes qui au fond ne m'intéressent pas. Mais c'est ma clinique, ce sont les principes que j'ai choisi, ceux pour qui j'ai mis mon genou à terre plus d'une fois, en regardant le sol, humble par tant d'exactitude, de beauté dans le concept, de finesse dans le détail qui tue.
J'ai aimé la folie de mes professeurs, leurs coups de gueule sur des interprétations divergentes des textes de Lacan, entre 1953 et 1956.
Lundi, je vais moi aussi entamer une nouvelle année universitaire, du côté de ceux qui professent (j'ai toujours rêvé un jour d'être pro-fessée... lol), et ma rage, qui n'est qu'une expression contrariée du désir, je la promènerai dans leurs interstices, pour qu'enfin, ils puissent m'apprendre pourquoi je fais ça.
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