Lundi 26 septembre 2005
Il m'arrive de rencontrer des situations difficiles, comme tout un chacun. Sauf que vu ma complexe paradoxalité, cela prend souvent des proportions délicates.
Je dis quelque chose dans un mouvement très impulsif, et après j'essaies de corriger le tir. Le premier jet est souvent le reflet d'une vérité inconsciente, qui dépend de mon fantasme, et qui est donc foncièrement mensongère. En effet, quand on a un schéma de base qui s'apparente à "Laisses-moi tomber ou aimes-moi à en mourir", ça laisse peu de place au compromis, au tact, somme toute à la vie.
J'ai beaucoup appris de quelqu'un qui ne supportait pas ce premier jet, et auprès duquel le second était vain. Ca m'a rendue responsable.
Aujourd'hui, je me rends compte que ce premier jet advient lorsqu'une situation m'angoisse par dessus tout (c'est une angoisse non-organique, décorporée), celle où je peux perdre quelque chose.
Auquel cas, je termine, j'achève, je clos, je ferme.
Le traitement de ce pas en arrière, c'est un énorme coup dans la gueule : Assumes !

Les gens normaux savent bien ce qu'il faut faire ou dire. Moi, je ne sais plus sur quel pied danser, c'est déjà un progrès, par rapport aux premiers temps, où je ne dansais jamais que du même pied.
Cela fait de moi, une paradoxale absolue.
C'est à cause de cela que je suis tombée amoureuse de Karen Blixen.
Elle est extrêmement attachée à sa mère, donc elle la quitte. Elle a peur de finir vieille fille, donc elle se débrouille pour être une épouse solitaire.
Elle ne peut vivre sans la présence de son Denys, donc elle le pousse, avec ses crises et ses reproches, à se barrer en safari en compagnie de lionnes aux odeurs jalouses.
Touchant les tréfonds de la mélancolie en son absence, elle peut alors jouir d'une façon mystique aux instants bénis, qu'il daigne lui donner de temps en temps.

Parfois, je la dessine dans mes brumes : le visage sec et fragile, la peau tendue d'avoir trop souri aux étoiles.
Etiolée dans la chaleur des savanes, elle est perdue et donc, irrémédiablement chez elle.

Un connard d'universitaire écrit sa biographie, et commence en disant : "Si nous acceptons de parler de Karen Blixen, c'est dans la mesure où l'on laisse de côté ses paradoxes inextricables."
MAIS C'EST LE SEUL POINT FONDAMENTAL, CONNNNAAAAARRRRRDDDDD!

Vous l'aurez compris, je hais les discours qui essaient de barrer ce qui fait la beauté d'un être, en l'occurence une femme. Une femme, avec deux m, quatre ponts entre l'océan de la chair et l'impossible à rejoindre.
Denys Finch Hatton était un cruel. Un cruel raffiné, comme peuvent l'être les hommes qui craignent et sont attirés par le mystère de l'affame. Un veul magnifique, qui comparait leurs éternelles discussions, aux échanges théologiques majeurs entre Saint François et Sainte Claire.
Des heures entières à parler... Elle aimait ça, cela rendait l'amour à sa vraie fondation : le plaisir à dire.
Dis-moi que tu m'aimes, dis-moi que tu ne me le diras pas ! Si tu ne me le dis pas, c'est que tu m'aimes vraiment, car quand on le dit trop, c'est qu'on n'aime pas assez. La bouche grande ouverte sur le panthéon, il n'y a plus de fin, plus de vie, plus de corps, plus d'espace.
L'infini, c'est pas pour les gentils. L'infini, ce n'est pas l'infiniment grand ou petit, c'est l'absolution de toute référence.
En dehors de l'amour, il y a les gentils. Fermes les yeux Karen, une épaule viendra. Même si tu n'en veux pas.
par Marge publié dans : psychanalyse
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