Vendredi 16 septembre 2005
"Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci."

Ce soir, j'ai écris de grosses conneries ! J'allais raconter une rencontre qui m'a stupéfaite avec quelqu'un cette semaine, une très jeune femme qui en avait consulté des psys de tout poil, et que j'ai réussi à surprendre et à introduire à un autre discours.
Pourquoi c'est une connerie ? Parce que c'est pas à moi de m'honorer d'avoir fait autrement que les hypnotiseurs, les magnétiseurs, les cognitivistes, les coach anti-phobie, les psychiatres, etc. Ces gens experts, qui savaient tellement, qu'elle n'en pouvait plus de leur savoir plein.
J'ai renversé la donne, certes, en lui disant que je ne savais pas, mais que je voulais travailler avec elle, que ce serait difficile.
Certes, elle a été très étonnée, héberluée même. Je pense que ça va marcher ensemble.
C'est une technique issue de ma cure analytique ! Je sais que je ne sais pas, mais en même temps, je le sais... Paradoxe d'un savoir qui est creusé d'un trou, et qui fait appel alors, à ce qui va pouvoir se mouvoir chez l'Autre.
On ne raconte pas un cas sur internet, c'est déontologiquement interdit. Pourtant, quand j'écris cela, je me rends compte que si c'est "interdit", c'est que ça peut se dire entre les lignes, inter-dit. Moi, je raconte mon cas... Mais pas vraiment, n'est-ce pas ? Vous ne vous y méprenez peut-être pas tant que ça.
J'aime les contorsions dans la rencontre analytique, le biais quand on y arrive. On me défie de pouvoir la guérir ? Je réponds que je ne sais pas ce que c'est, mais que j'en ai envie.
Ce désir n'est pas pour moi lié à une volonté de débarasser le monde, voire un sujet, de ses problèmes. Un sujet tient à ses problèmes, à ses symptômes, et il a bien raison.
Moi non plus, je ne voulais pas qu'on m'en débarasse, je savais quelque part, qu'ils n'étaient pas là pour décorer.
Par contre, je voulais savoir pourquoi. C'est toujours le cas. C'est un beau symptôme, n'est-ce pas ?
Quand on est très bizarre, quand notre corps crie des mots que l'on ne comprend pas, c'est quand même l'apogée de la souffrance, mais c'est aussi le début de la fin. Quand on se met à vouloir perdre ce cri, on commence déjà à s'en séparer, et c'est très dur. Vivre sans ce cri, c'est admettre qu'il va falloir crier autre chose.
Quelque chose qu'on n'a pas envie de savoir, mais pour vivre, il faut pouvoir supporter de le savoir. Ca met du temps, beaucoup de temps.
J'aime mon petit métier, mon désir d'être là pour ceux qui crient et qui veulent continuer à être entendus...
En revenant sur ce que j'ai écris précédemment, et que vous ne lirez jamais, je me démontre aussi que cet amour, je ne peux pas vraiment en jouir, ou du moins, je le mets à la corbeille.
C'est pas rien que de devoir lâcher un bout de plaisir. Même si c'est un désir de vous écrire combien j'ai été formidable sur ce coup-là, ça m'arrive parfois.
Je n'y suis pour rien, c'est plus fort que moi, j'aimerais pouvoir vous faire entendre qu'il n'y a pas de secrets à révéler, que la médiocrité de l'inconscient, sa monotonie n'est brisée que par l'absolue singularité de la rencontre avec un inconscient différent, une médiocrité différente aussi, inconnue mais qui demande à être lue.
On ne sait rien de rien, mais c'est quand même pas rien. Je vais retourner à ma patience, et dégorger mon ego, toujours trop prompt à se mesurer avec lui-même.
Et le vôtre ? Est-ce qu'il ronronne avec moi ?
par Marge publié dans : psychanalyse
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