L'automne arrive et d'ici peu, une bonne partie de la population française, prise entre le vent et la douceur humide, parlera du nez. Eternuements intempestifs, gargarismes et bruits d'horloge sont les pires épiphanies d'un hiver qui rétracte les corps et digère les désirs.
Pourquoi aime-t'on le soleil ? Pourquoi la chaleur étend-elle notre espace vers l'agréable, le tendre et le sensuel ? "Notre coeur tend vers le Sud", titre de la correspondance dernièrement éditée de Freud, Sigmund pour les intimes.
Arriver au Sud de sa vie, voilà peut-être ce que chacun recherche et fait échouer par là même. Si notre coeur tend vers le Sud, c'est parce que malgré lui, il est collé au nord, aux étangs gris, aux reflets terrestres des corps frigides et apathiques.
Je commence à peine à me rétracter quand trop souvent, on m'inonde de cette morve puante que sont les mots, lorsqu'ils demandent quelque chose de particulier : "Ecoutes ! "
L'humeur est à l'oreille dans la monde, tout le monde psychote quelque chose, il faut entendre, écouter, comprendre, percevoir, ouïr , discerner, capter, pour tout dire : que ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd.
Les sourds entendent très bien ! J'en ai encore fait l'expérience cette semaine, à la Maison d'Accueil Spécialisé où je travaille. Je parle à un sourd, je ne le sais pas, je trouve que tout se passe bien, lorsqu'on m'en fait la remarque : "Il n'entend pas : pourquoi tu lui parles? " Je lui parle parce que ce n'est pas parce que quelqu'un est bête que l'on brule les livres chez lui ; parce qu'un aveugle pose un regard sur le monde qui l'entoure. Parce que quand on n'entend pas, peut-être on aime écouter.
Est-ce que j'aime écouter ? C'est mon métier, pensent les autres. Comme si, notre oreille était la clef ultime de cette vocation vocale : vitupérez-moi aux oreilles ! J'ouïs.
Parfois, quand ce n'est pas pour aller sur la voix du symptôme, j'ai envie de taire. Quand je ne suis pas habitée par la voie de la clinique, je vois bien qu'on me demande quand même d'écouter. J'écoute ce qu'on ne me dit pas dans la famille, j'entends parfois ce qui n'aurait pas du être dit ; avec bonheur souvent, je partage les mots de mes amis, je les caresse de mon oreille attentive et anti-neutre.
Mais : une fois, une fois dans ma vie, j'aurai trop écouté, c'en est trop. Trop parlé, trop dit, tout cela pour ne pas faire.
Babilan t'y es sans y être. Marre des jeux où tu ris, marre d'avoir le sentiment de ne pas savoir où je suis pour toi. Insupportable clef des songes, lorsque de parler, on peut continuer à dormir.
Mouches ton nez ! Carambole des excuses inavouées, je ne sais pas fermer ton oreille à mon soupir. Pardonner d'avoir trop dit est difficile, excuser de n'avoir pas assez fait est impossible.
Oreille ou pas, me dire tout bas des mots pas toujours doux, c'est comme passer l'hiver sans couette, sans mouchoir pour égoutter ta peine qui n'en finit pas.
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