Lundi 5 septembre 2005
Les rêves avant la psychanalyse, c'était des images, un peu divinatoires. Dans l'histoire de l'humanité, on a toujours interprété les rêves, mais en fonction d'une symbolique générale. Freud est le premier qui explore le rêve dans sa signification intime, inaccessible à l'autre sans la participation de la parole du patient.
Pour moi aussi, avant l'entrée en cure, mes rêves me fascinaient... Je me disais qu'il y avait une activité en moi, sourde et pantomime, qui articulait un discours dont j'essayais de comprendre les bribes.
J'ai alors recherché dans la signification-clef des rêves, et cela ne m'a conduite nulle part, à part dans des aberrations qui ne m'ont strictement servi à rien.
Depuis la cure, depuis que je parle à quelqu'un, mes rêves ont pris du large, ils se sont étendus, sont sortis de leur cloisonnement. Je ne les interprète pas, j'en parle quelquefois quand ça me vient. Ce n'est pas toujours intéressant, mais ça l'est des fois. Ces fois-là, je m'en souviens très bien.
Des moments où l'on se torsionne et où ça tourne. Hop ! Une autre direction est prise désormais : j'ai crevé les yeux de mon père dans le miroir, j'ai fait cuire ma fille dans un four, j'ai sauté du haut de la falaise et je ne me suis pas réveillée angoissée, j'ai apprécié le vertige comme une jouissance nouvelle et me suis rescapée de cette chute auparavant mortelle...
Ces fictions parlent de ma façon d'être avec les autres, des aspérités de ma jouissance intime : ce qui me plaît, ce que je désire, ceux que j'aime ou hait, etc.

Souvent au réveil le matin, depuis quelques années, j'ai un sursaut  de désir : une idée issue de mon travail de nuit, où endormie je semble plus que jamais réveillée, se présente à moi, sous la forme d'un impératif particulièrement pertinent.
"Il faut que tu écrives ça", "Il faut que tu partes là-bas", etc.
J'ai mis longtemps avant de pouvoir entendre ce qui se disait là-dedans. J'hésitais à obéir à ces injonctions souvent folles et enthousiastes. Une dictature du désir s'était installée à mon insu : qu'allais-je en faire ?

Me rendormir ou continuer à le réveiller (lapsus : je voulais écrire me réveiller) ?

 C'est bien ça la question : il y a un "il" dans mon impératif, un Autre à qui je m'adresse des messages venus d'un autre bout de moi-même.
Ca vous paraît compliqué ?
Il y a des femmes qui ne cherchent pas ce qui les fait bouger. Moi j'ai trouvé ce qui pouvait me tenir immobile, et j'ai volontairement fait le choix de briser, d'arracher mes liens, tout en sachant qu'un jour, sans que je m'en rende compte, elles se reforgeraient avec mon consentement... Mais pas-toutes.
Un lien, c'est agréable, mais l'équivoque se fait entendre : c'est un enchaînement, une ligature : est-ce que tu me trompes ?

Natacha Michel," Laissez tomber l'infini, il  revient par la fenêtre "
Karen Blixen...
Voici les prochains menus de ma délectation à vous raconter : la féminité paradoxale, les contours du visage d'une femme.
 

par Marge publié dans : psychanalyse
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