Dimanche 28 mai 2006
On peut écrire sans se croire écrivain. Quand quelqu'un prend la plume, cela peut être pour faire entendre quelque chose, si cela est destiné à être lu, voire à être l'objet en tout cas d'une externalité, que cela aille ailleurs que dans le joli dossier jaune qui trône dans "Mes Documents", et que vous avez pathétiquement appelé, comme moi par exemple "Personnel". Ce joli dossier, qui regorge de richesses, qui n'en sont que parce que personne d'autre que vous ne l'a jamais lu, il faut un jour le faire voyager, et oser prendre ce risque-là.

C'est un risque qui se mesure à l'aune de ce petit bout de chair qui était bizarrement accroché à ce texte, et qui s'il est refusé, rejeté, détesté, mollement applaudi ou même pire, adoré, vous fait entendre que de toutes les manières, c'est raté. Certains diront peu importe, et d'autres au Surmoi aussi féroce que gourmand, claironneront le lendemain chez leur analyste leur indignation, leur suffocation, leur sidération ou, horreur entre toutes les horreurs, leur résignation.

Il y a deux mois de cela, une étincelle dans ma vie me fait écrire un texte, qu'en toute objectivité je trouve absolument splendide (!). Brillant, fidèle à aucune façon préétablie de mâcher le sens, il est torché en quelques hâtes, et envoyé dans une boîte e-mail sensée devoir en faire quelque usage éventuellement.
Outrage majeur, on ne me laisse sous la dent aucune critique, aucun détail qui cloche, rien, à part cette phrase d'une chrétienne démocrate choucroutée d'une navale crinière, que le texte est formidable, mais qu'ils ne peuvent le publier sous prétexte que cela risque d'en choquer quelques-uns de leurs lecteurs.

QUOI DONC ? ? ?  COMMENT CELA ? Une revue de psychanalyse, lacanienne de surcroît (qui se surcroient tellement qu'ils ne croient pas qu'ils n'ont pas à y croire), refuse un texte sur le premier encyclique de notre nouveau pape, Benoît XVI, sous prétexte que cela pourrait en choquer quelques uns que l'on ose en dire quelque chose à lire vers la psychanalyse ?
Quel compliment !!! Alfred de Musset, mon bien aimé, regardes du haut de ton inexistence, combien les blâmes des braves gens peuvent être les caresses du destin.
Combien la médiocrité de mes pages n'aurait pu être un motif de refus, puisque dans ces pages de revue, ô combien méritantes, des analystes de tout poil, mais du même coiffeur, mêlant dinosaurement leurs ancres, fourbus qu'ils sont de tant de non-savoir, de sinthomisation à gogo, pour les pâtes, les ustensiles de cuisine, les familles, tout ce qui est vu et qui peut se ranger par boîte à outils, ... Oui, disais-je, ces analystes-là ne disent rien de ce qu'ils lisent. Ils ne font de leur expérience qu'une maturité, un développement qui met les petits nouveaux de l'Ecole, les passants à l'aube de la retraite sociale, au rang de ce qui s'écrira pour la psychanalyse.
Fort bien, j'aime les entendre, j'apprends de leurs déconvenues, je me prosterne aux pieds de tous les intelligents auditeurs qui ont su faire quelque chose de leurs symptômes.
Cela ne peut alors être qu'un problème politique : à la tête des revues, on met des gens qui feront un usage régulé de la nouveauté. La nouveauté soldes, la nouveauté début de série, la nouveauté "Oh, regardes, ils les faisaient pas en 41 ces sandales-là avant".

Ce texte restera donc bien au chaud dans "Mes documents", à moins que vous ne fassiez des pieds et des mains dans les commentaires, pour le voir en ligne...
Je plaisante !  Ils m'entendront ...
par Marjorie publié dans : psychanalyse
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Commentaires

Je veux le lire !
Ce blog est super bien écrit.
Anna
commentaire n° : 1 posté par : Anna le: 04/08/2007 09:37:33

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