L'époque où "Psychologies Magazine" se pavanait de vulgariser la complexité du monde psy est bientôt révolue ! L'Etat se charge désormais, et ce depuis octobre 2003 (merçi à l'
homo politicus), de nous dire à tous, qui est "bien formé" pour avoir le droit de se dire "psychothérapeute".
Oh bien sûr, le fait que depuis longtemps, on se prenne les pieds entre psychiatre, psychologue, psychanalyste et psychothérapeute était un vrai problème social... Oui, oui, oui... On ne s'y retrouvait pas dans ce sac de noeuds de l'âme.
Bien sûr, on n'est pas obligés d'être psychothérapeute, de demander à porter le titre. Moi qui suis psychologue, par exemple, je pourrais l'être de droit. Pas d'office, non. De droit. Et si, comme c'est le cas, rien que le fait de prononcer ce mot est pour moi une insulte, je crois qu'en fait, après mure réflexion, après m'être brainstormée à en avoir une hernie mentale, je vais devoir "Désolée..." refuser cette généreuse offre que me fait ce merveilleux gouvernement d'être étiquetée par leur soin "PSYCHOTHERAPEUTE".
Car demain, psychothérapeute ne voudra plus dire : j'ai le désir de vous soigner le psychique. Non... Demain, cela voudra dire : j'ai été estampillé par l'état français, je suis formé à beaucoup de méthodes différentes (4 en tout), le Ministère de la Santé et Cie ont enregistré mon nom sur un registre, et j'ai tous mes diplomes, qui avant étaient au-dessus de la cheminée, dans la culotte du préfet !
Le fait d'être formé à "tout", non, non, non, ce n'est pas un signe que je n'ai pas fait de choix. Non, c'est une garantie donnée par l'Etat comme quoi je SAIS que dans tel cas, vaut mieux ça; dans un autre cas (oui, vous êtes maintenant un cas qui mérite une méthode de soin particulière à votre singularité), on vous fera un petit coup de comportementale.
Bon...
Mes fidèles lecteurs le savent bien : l'ironie ne va pas m'empêcher de vous dire ma position face à toute cette soupe uniformisante.
Alors, vous êtes prêts ? ? ?
Il va y avoir de grands changements : seuls les patients les plus connaisseurs de la subtilité de l'affaire, sauront que l'estampillage "psychothérapeute" n'est que le signe de quelqu'un qui a vendu son âme, son "psychique" comme on dit, à la garantie de l'Etat, ce qui me donne envie dès à présent de les considérer comme une espèce dangereuse !
Car, quand on a le désir d'entendre un sujet, c'est pas par l'Etat qu'il faut passer, c'est sur la scène de son propre inconscient. Il faut se taper ses rêves, ses silences, ses impasses, ses lapsus et aussi ses angoisses, ses fantasmes, son Oedipe, sa traversée et tout le tralala !!!
Pourquoi il n'y a pas de diplôme de psychanalyste ? Parce que quand on dit "Plôme" (Pom pom pom pom...Pardon...), ça n'a de sens qu'au un par un.
Alors, puisque le social, c'est pas rien, et puisque mes patients vont bientôt voir leurs questions essentielles autour de mon désir de les entendre, colmatées avec cette réponde univoque et réductrice de l'Etat, je vous annonce que je suis prête à perdre cette fameuse "clientèle" qui a guidé tant d'associations de psychologues à pactiser avec l'ennemi. Parce que j'en ai rien à foutre d'avoir des clients ! Je ne suis pas commerciale, je n'ai pas d'entreprise. Je reçois des patients, qui viendront me voir avec peut-être l'idée, que de n'être pas "psychothérapeute", je prends le pari d'une Autre garantie, celle qui n'existe pas, et qui ne se décide entre deux personnes que d'une rencontre.
Nous vivons une triste époque mes enfants... Mémé va se coucher...
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