Toute parole a un prix : celui de la séance due à son analyste, d'un voyage auprès de l'homme qu'on aime, d'une colère consentie pour défendre une orientation malmenée.
Ce qui coûte le plus, c'est l'effort que l'on met à demander quelque chose qui ne soit pas réductible au besoin associé.
"Je te demande de refuser ce que je t'offre parce que ce n'est pas ça"... Cette phrase magnifique de Lacan m'a trotté dans la tête depuis plus de quinze jours. Il y a des bouts de Lacan qui m'accompagnent dans certains moments de ma vie. Si c'est possible de faire une vie avec des moments que l'on ne regrettera pas, cela a un coût.
Le moment... Voilà ce qui fait que ce n'est pas vain d'être là. Ce n'est pas juste le carpe diem des sages penseurs antiquiteux : chaque jour peut être plat comme une crêpe, si le sang qui coule d'un acte ne vient pas raviner la surface de ce qu'on est en train de devenir.
Avouons que c'est une belle expression : en train de... Ce qui se transforme de le dire, ce qui fait que l'instant d'après, quelque chose est franchi irrémédiablement.
Samedi, alors qu'un pas vient de se franchir, immense et ténu, dans ma vie de femme, je paie ma séance, avec un en-trop : de 45 euros, le "prix", je tends un billet de cinquante et dis : "Je n'ai pas de monnaie". C'est une exception qu'elle m'a tendu, avec un "pris" : "Ce sera cinquante aujourd'hui".
A elle, je peux lui donner ce que j'ai : cela fait toujours émerger dans ces moments où elle me signifie, un "jour pas comme les autres", une coupure dans le rythme plus ou moins vertigineux de ma vie. Je le savais en disant, à cette séance, que j'avais franchi un schéma impossible auparavant. Elle l'a entériné avec 5 euros.
La différence n'est pas dans le chiffre, c'est bien dans le nombre que cela se situe. Freud et Lacan étaient très attentifs au nombre : pourquoi ?
C'est le produit d'une soustraction, d'une somme, d'une division en somme... C'est l'interstice dans lequel se glisse ce qui se meut en moi.
C'est aussi ce que je peux me reprocher dans ma relation aux autres : c'est à prendre ou à laisser, je n'ai pas de monnaie. Ce que tu me donnes maintenant, je ne pourrai te le rendre. Il y aura un reste, mais ce sera avec ce que je n'ai pas, c'est-à-dire avec ce que je suis que je le paierai.
Payer de sa personne, c'est tellement important : décharge de culpabilité, bascules de valeur, don d'organe parlant.
Je suis comme ça : entière dans mes morceaux, fière dans mes humiliations, légère de m'envoler près de lui, si lourd du poids de mes actes.
Le "mot-naît" de ce tarif...
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