Vendredi 4 novembre 2005


Demain matin, à 6h34, je prends le T.G.V. pour Paris. Un congrès de psychanalyse m'y attend pour le week-end. Quand on arrive de l'Ouest, on débarque à Montparnasse, c'est une traversée de Paris vers la lumière de la cîté.
Je n'ai aucun goût pour la politique... Je veux dire la politique bipartite, avec les humanoïdes pédants qui s'esbrouffent sur la colline du pouvoir. De ceux qui ne risqueront jamais au cours de leurs moments de réfléxion d'avoir un gland qui leur tombe sur le crâne. Pourtant, la vie de mon pays m'intéresse, et je suis au plus près des mouvements sinusoïdes qui parcourent les strates bigarrées de sa jeunesse.
Aussi, plus impressionnée par le discours de ces jeunes gens martyrs d'une division géo-sociale que par les voitures calcinées, je suis touchée comme si c'était ma génération qui brûlait.

La surdité face à ce tableau munschéen de la France, de ses lieux aux bancs, me font penser qu'il y a des actes de répression morale qui plus jamais ne pourront s'éteindre. L'ère de ce que Freud appelait le Surmoi apparaît dans sa plus grande férocité sadienne.
Ce qui d'un côté veut mettre de l'ordre, avec les apanages de la morale de fer (de faire ?), laisse apparaître au niveau de ces espaces à côté, la fameuse Grimmigkeit de Boehme : férocité, colère, courroux, anéantissement de l'homme par le feu du spectacle.
Cette année, au séminaire du jeudi soir de psychanalyse, nous étudions un fameux texte de Lacan, en pleine actualité, Kant avec Sade de Lacan. Voilà ce que c'est que de vouloir mettre de l'ordre dans la civilisation, de vouloir plier l'Autre sous sa loi : meurtre, bâtons, rituels purificatoires par le feu.
On brûle des véhicules parce que cela ne bouge pas : le désir d'une génération entière est bailloné, une génération au-delà des apparences, une génération crue, qui mord dans le langage comme dans la chair. Les dents de Joey Starr face au baton de Guignol.
Demain, je vais à Paris, dans les quartiers, ces morceaux de viande urbaine bien clinquantes, mais indubitablement, l'expression de mon discours s'oriente vers le Sud, vers ces bancs où des races s'asseyent et ruminent leur soif d'être des notres.
N'être qu'une partie, une partie jetable, sécable comme un rebus, ça n'a pas de couleur, pas de race, pas de prison.
Ici ou ailleurs, la violence est le produit d'une trop grande rigueur de la loi intime, la loi de Shakespeare dans Macbeth : le pouvoir et la mort. Les bans de leur mariage sont en train d'être publiés.
par Marge publié dans : psychanalyse
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