L'analyse en marge

Vous aimez la psychanalyse ? Vous ne comprenez pas ce que certains êtres humains font allongés sur un divan plusieurs fois par semaine, et même pourquoi ils en font leur métier ?
Aucune autre réponse qu'un voyage dans l'écriture en marge, laborieuse analysante et aventurière des chemins obscurs.
Lundi 5 septembre 2005
J'ai échangé plusieurs fois aujourd'hui avec des collègues, qui réagissent tous sur le net, à la sortie du "Livre noir de la psychanalyse"...

Au-delà de la véhémence de l'attaque (Lilliputt a-t-il chatouillé Gulliver ?), les Thérapeutes Cognitivistes et Comportementaux (cons porte-manteau) m'agacent. C'est déjà trop leur faire plaisir, parce qu'ils se prennent pour des géants, se parent de grandes phrases, de ressources dites scientifiques officielles, mais pour se bâtir une carrière digne de ce nom, sont obligés d'aller cracher sur la tombe de Freud.

Alors ce soir, je me lâche ! Ca suffit maintenant : quelle analyse faire de cette adversité, de cette rivalité hargneuse d'un côté, et de l'indifférence, de la belle âme des psychanalystes, qui laissent faire et dire ?

Je me pose plusieurs questions :

- Comment baisent les cognitivistes ?
- Pourquoi veulent-ils ne pas regarder ce qui se passe dans le discours de leurs patients?
- Pourquoi n'aiment-ils pas mes blagues ? (je suis drôle pourtant...si, si !)
- Pourquoi nous font-ils chier ?

J'ai plusieurs hypothèses... Je crois que quand on prône pour guérir les victimes du cyclone Katrina, que "Dans cette période de souffrances et d'angoisses immenses, nous rappelons à tout le monde, même ceux qui regardent de loin ces événements à la télévision, de faire attention à leur santé mentale", que le vent est aussi l'énergie qui permet d'avoir de l'electricité, que ce n'est pas toujours mauvais..., on ne peut pas être scientifique.
Ca me fout les jetons... Je me dis, ils nous prennent pour des gens stupides. Que fait-on quand on est orienté par la psychanalyse et qu'il y a des catastrophes ? On prend le parti du sujet : on sait qu'il y a l'effet d'après-coup, que peut-être il sera mal longtemps après, et que s'il est très mal de cette catastrophe, c'est qu'il y a un élément qui est rentré en collision avec quelque chose qui était présent en lui, avant.

Ces personnes, fourbues de bon sens, sinistres répétiteurs des banalités de la morale contemporaine, ne peuvent que faire l'amour normalement. "Ce n'est pas grave, pensez à quelque chose de positif..." La vie érotique de ces gens-là me terrorise... Un tel aplatissement du désir chez les patients ne racontent que les inhibitions obsessionnelles qui les structurent.

Ils se gardent d'écouter les divagations de leurs patients : agents d'une morale du discours, ils savent ce qu'il faut bien penser, ce qu'il faut bien dire. Ils savent ce qui vous fait du mal. On ne se préoccupe pas de pourquoi. On dit comment ne plus penser, ne plus faire ça.
Moi, j'aime les pourquoi. J'aime les gens qui mettent des points d'interrogation dans leur vie, ceux qui ne savent pas, ceux qui se laissent surprendre, qui ont envie d'en savoir plus, qui n'aiment pas maîtriser la folie de la vie.
Alexandre Jardin, malgré la difficulté de l'excentricité familiale, n'a pas reculé, il a croqué la vie, au lieu de se laisser happer par la sinistre normalité du bien. Bien manger, bien baiser, bien vivre : Révoltons-nous ! Si je fume, si je dérive, si ça me plaît, c'est que c'est moi !
Ils nous font chier parce qu'on est allé plus loin, parce qu'on a dépassé nos impossibles, qu'on a explosé lkes catégories évidentes de la vie. Ils nous haient, parce que la psychanalyse est formidable d'originalité, de subversion, d'inventions.
Et ça, c'est insupportable !
par Marge publié dans : psychanalyse
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Lundi 5 septembre 2005
Les rêves avant la psychanalyse, c'était des images, un peu divinatoires. Dans l'histoire de l'humanité, on a toujours interprété les rêves, mais en fonction d'une symbolique générale. Freud est le premier qui explore le rêve dans sa signification intime, inaccessible à l'autre sans la participation de la parole du patient.
Pour moi aussi, avant l'entrée en cure, mes rêves me fascinaient... Je me disais qu'il y avait une activité en moi, sourde et pantomime, qui articulait un discours dont j'essayais de comprendre les bribes.
J'ai alors recherché dans la signification-clef des rêves, et cela ne m'a conduite nulle part, à part dans des aberrations qui ne m'ont strictement servi à rien.
Depuis la cure, depuis que je parle à quelqu'un, mes rêves ont pris du large, ils se sont étendus, sont sortis de leur cloisonnement. Je ne les interprète pas, j'en parle quelquefois quand ça me vient. Ce n'est pas toujours intéressant, mais ça l'est des fois. Ces fois-là, je m'en souviens très bien.
Des moments où l'on se torsionne et où ça tourne. Hop ! Une autre direction est prise désormais : j'ai crevé les yeux de mon père dans le miroir, j'ai fait cuire ma fille dans un four, j'ai sauté du haut de la falaise et je ne me suis pas réveillée angoissée, j'ai apprécié le vertige comme une jouissance nouvelle et me suis rescapée de cette chute auparavant mortelle...
Ces fictions parlent de ma façon d'être avec les autres, des aspérités de ma jouissance intime : ce qui me plaît, ce que je désire, ceux que j'aime ou hait, etc.

Souvent au réveil le matin, depuis quelques années, j'ai un sursaut  de désir : une idée issue de mon travail de nuit, où endormie je semble plus que jamais réveillée, se présente à moi, sous la forme d'un impératif particulièrement pertinent.
"Il faut que tu écrives ça", "Il faut que tu partes là-bas", etc.
J'ai mis longtemps avant de pouvoir entendre ce qui se disait là-dedans. J'hésitais à obéir à ces injonctions souvent folles et enthousiastes. Une dictature du désir s'était installée à mon insu : qu'allais-je en faire ?

Me rendormir ou continuer à le réveiller (lapsus : je voulais écrire me réveiller) ?

 C'est bien ça la question : il y a un "il" dans mon impératif, un Autre à qui je m'adresse des messages venus d'un autre bout de moi-même.
Ca vous paraît compliqué ?
Il y a des femmes qui ne cherchent pas ce qui les fait bouger. Moi j'ai trouvé ce qui pouvait me tenir immobile, et j'ai volontairement fait le choix de briser, d'arracher mes liens, tout en sachant qu'un jour, sans que je m'en rende compte, elles se reforgeraient avec mon consentement... Mais pas-toutes.
Un lien, c'est agréable, mais l'équivoque se fait entendre : c'est un enchaînement, une ligature : est-ce que tu me trompes ?

Natacha Michel," Laissez tomber l'infini, il  revient par la fenêtre "
Karen Blixen...
Voici les prochains menus de ma délectation à vous raconter : la féminité paradoxale, les contours du visage d'une femme.
 

par Marge publié dans : psychanalyse
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Dimanche 4 septembre 2005

 

  Ouvrir une parole alors que c'est si difficile d'écrire, voilà ce que j'attends de ce blog. Ouvrir la mienne, qui ne parvient pas toujours à aller jusqu'à son trognon, malgré les instants plusieurs fois par semaine, où sur un divan, elle se laisse aller.

Pourquoi ? Voilà le trognon de toutes les phrases qui sortent de ma bouche, même si leur forme est souvent affirmative.

- Allô ?

- Bonsoir, c'est moi... Ah merde ! Bonjour (putain on est le matin, pourquoi tu dis bonsoir !)

- Super ! Tu commences par un lapsus... T'es pas prête de pouvoir raconter des choses normalement dites...

Eh non... Quand on explore son inconscient, on ne fait plus rien comme avant. On ne le sait pas avant de commencer. Heureusement peut-être, on garderait son joli petit symptôme et on se la fermerait.

Ouais... Seulement, ça fait bobo... Et la prison invisible qui m'entourait partout où j'allais, devait être explosée. C'est toute ma vie, ça : exploser les prisons invisibles.

Je le fais pour les autres, en tout cas j'essaies... Je remarque que quand je veux exploser une barricade chez quelqu'un, ça foire ; et en général, c'est au détour d'une remarque un peu affutée, qui me sort comme ça, qu'on me dit : "Putain, ce que tu(vous) m'as dit, ça m'a trotté et depuis, je me pose cette question (...) Qu'en penses-tu ?"

Et merde... Qu'est-ce que j'ai dit encore, ou plutôt qu'est-ce qu'il a entendu par l'intermédiaire de ce que j'ai dit. Et voilà, le circuit de l'analyse est reparti.

Qu'est-ce qu'on dit quand on se tait ? Qu'est-ce qu'on tait quand on se dit...

Pour le premier mouvement de ce blog, je parie à mon moi, que je tairais l'enjeu, ce pourquoi je fais ça, écrire.

Entendes qui voudra...

 
par Marge publié dans : psychanalyse
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