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L'analyse en marge

Vous aimez la psychanalyse ? Vous ne comprenez pas ce que certains êtres humains font allongés sur un divan plusieurs fois par semaine, et même pourquoi ils en font leur métier ?
Aucune autre réponse qu'un voyage dans l'écriture en marge, laborieuse analysante et aventurière des chemins obscurs.
Jeudi 15 septembre 2005
S'il n'y avait rien à traverser jamais, pourquoi le seuil d'une porte serait-il nécessaire ?
 "Je t'en prie ! Ouvres-moi la porte" ! Depuis Pierrot qui a vu mourir sa petite chandelle (!) et l'italien de Serge Reggiani, Se ci sei, aprimi la porta, on frappe au seuil de la demeure d'un Autre, qui ne veut pas vous ouvrir.
Je suis née au mois d'avril, j'ai toujours adoré ce mois. April, le mois qui ouvre l'année. Aprire la moglie che ci sta : ouvrir la femme qui est née ce jour où, des cloches qui sonnaient Pâques, je n'entendis que le cri de l'agneau.
Aux Pâques chrétiennes, je préfère la paque juive, 'Hag Ha-Pessa'h, la fête de l'agneau pascal. On prenait le sang de l'agneau pour oindre le pourtour des portes d'entrée de la tente ou de la cabane. C'était un rite de protection pour détourner les mauvais esprits et protéger ainsi la famille.
On met du sang autour de la porte : ce rite purificatoire signale en même temps à Yahvé le lieu où l'on respecte sa parole.
Loin de ces portes, qui dans les séries B, à la lueur verte de la lune, grincent et s'alourdissent de l'angoisse, la porte juive est celle que l'on peut enfreindre. L'horreur est autour, sur le linteau.

Cette porte apaisante a souvent été fermée pour moi, frappant de mes petits poings, en larmes, contre le bois rougi, les vitres fracassées : entrer, coûte que coûte.
Timide parfois, osant à peine sonner, les bras de la porte s'ouvrent et l'amour entre dans ma maison bleue. Pas de clef sans serrure, pas de pied sans un pas de plus.
Et quand bien souvent, en prenant de l'élan, prêt à fracasser le mince panneau qui sépare le lieu d'où l'on est dehors, de celui où on se croit dedans, l'ami aveugle avait, dans ces sketchs bien connus, été sous l'emprise d'une porte ouverte au dernier moment, une porte qui avait menti : j'aurais ri.

C'est pour moi la meilleure image de ce qui est comique dans ce que l'on croit impossible. Le parfait névrosé ne peut se permettre de savoir vraiment ce qu'il y a derrière la porte, il n'en veut rien savoir. Aussi, quand il lui arrive de franchir des seuils, il le sent passer ! Parfois, on ne peut rien faire d'autre que de chercher une sortie à ce cube irrespirable de la vie.

Depuis que j'ai clos une jolie histoire dernièrement, je me promène dans un espace sans relief, avec pour seul compagnon, tel un monde redessiné par Lewis Caroll, un trousseau de clef infini que je traîne comme un boulet. Quand on fait un choix, on prend une voie, on laisse l'autre, définitivement, sans savoir ce qu'aurait pu apporter le chemin barré d'un croix invisible.
Chez moi, dans le recul d'une province au français déformé, ma grand-mère disait "Barres donc la porte", signifiant ainsi à ses acolytes analphabètes, que le loquet de la porte devait être poussé, la clef tournée, bref : consolider le fait qu'en plus d'être fermée, elle ne puisse s'ouvrir de l'extérieur.
Cela vient sans nul doute de l'époque où, pour se renfermer chez soi, une traverse de bois, telle un trait sur une majuscule, un tiret de biais, se faisait diagonale obstruant ainsi le passage.
D'où tu es, attends-tu que je sacrifies une vie, pour rougir mon entrée et faire signe qu'il n'y a plus de danger ?
Je sais que tu me regardes souvent, dans le mince filet de lumière qui perle à ma porte, l'oeil avide de capter un morceau de moi. Et si au lieu de regarder, tu me laissais t'ouvrir et rentrer avec moi, nous pourrions faire du feu et se blottir dans l'espace fermé de ma caverne arrondie.


Atlantique Ouverture m'a fait un devis : je change ma porte d'entrée, c'est décidé !
Par Marge - Publié dans : psychanalyse
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Lundi 12 septembre 2005

 L'automne arrive et d'ici peu, une bonne partie de la population française, prise entre le vent et la douceur humide, parlera du nez. Eternuements intempestifs, gargarismes et bruits d'horloge sont les pires épiphanies d'un hiver qui rétracte les corps et digère les désirs.
Pourquoi aime-t'on le soleil ? Pourquoi la chaleur étend-elle notre espace vers l'agréable, le tendre et le sensuel ? "Notre coeur tend vers le Sud", titre de la correspondance dernièrement éditée de Freud, Sigmund pour les intimes.
Arriver au Sud de sa vie, voilà peut-être ce que chacun recherche et fait échouer par là même. Si notre coeur tend vers le Sud, c'est parce que malgré lui, il est collé au nord, aux étangs gris, aux reflets terrestres des corps frigides et apathiques.
Je commence à peine à me rétracter quand trop souvent, on m'inonde de cette morve puante que sont les mots, lorsqu'ils demandent quelque chose de particulier : "Ecoutes ! "
L'humeur est à l'oreille dans la monde, tout le monde psychote quelque chose, il faut entendre, écouter, comprendre, percevoir, ouïr , discerner, capter, pour tout dire : que ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd.
















Les sourds entendent très bien ! J'en ai encore fait l'expérience cette semaine, à la Maison d'Accueil Spécialisé où je travaille. Je parle à un sourd, je ne le sais pas, je trouve que tout se passe bien, lorsqu'on m'en fait la remarque : "Il n'entend pas : pourquoi tu lui parles? " Je lui parle parce que ce n'est pas parce que quelqu'un est bête que l'on brule les livres chez lui ; parce qu'un aveugle pose un regard sur le monde qui l'entoure. Parce que quand on n'entend pas, peut-être on aime écouter.
Est-ce que j'aime écouter ? C'est mon métier, pensent les autres. Comme si, notre oreille était la clef ultime de cette vocation vocale : vitupérez-moi aux oreilles ! J'ouïs.
Parfois, quand ce n'est pas pour aller sur la voix du symptôme, j'ai envie de taire. Quand je ne suis pas habitée par la voie de la clinique, je vois bien qu'on me demande quand même d'écouter. J'écoute ce qu'on ne me dit pas dans la famille, j'entends parfois ce qui n'aurait pas du être dit ; avec bonheur souvent, je partage les mots de mes amis, je les caresse de mon oreille attentive et anti-neutre.
Mais : une fois, une fois dans ma vie, j'aurai trop écouté, c'en est trop. Trop parlé, trop dit, tout cela pour ne pas faire.
Babilan t'y es sans y être. Marre des jeux où tu ris, marre d'avoir le sentiment de ne pas savoir où je suis pour toi. Insupportable clef des songes, lorsque de parler, on peut continuer à dormir.
Mouches ton nez ! Carambole des excuses inavouées, je ne sais pas fermer ton oreille à mon soupir. Pardonner d'avoir trop dit est difficile, excuser de n'avoir pas assez fait est impossible.
Oreille ou pas, me dire tout bas des mots pas toujours doux, c'est comme passer l'hiver sans couette, sans mouchoir pour égoutter ta peine qui n'en finit pas.


 
Par Marge - Publié dans : psychanalyse
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Vendredi 9 septembre 2005





















Je suis unanime : lorsque l'on désire se parler, elle est là. Large sourire, feu dans la voix, profondeur du regard, rien n'est anodin dans ses exceptions.
Nous n'avons pas vu cet événement venir : plutôt distantes au départ, les rencontres fréquentes ne nous ont pas apprivoisé. Il a fallu attendre un moment particulier de notre parcours, où nos changements intimes se sont croisés.
Nos hommes, l'arrêt des mises en scènes, le déploiement de notre féminité et puis une sacrée parole engagée dans le désir et dans l'angoisse.
Dans le courant d'air d'un bref moment, qui s'éternise toujours plus que ce qu'on a imaginé, nous posons nos corps délicats et raffinés pour l'occasion de se dire les derniers événements passionnants qui nous ont frappés. Les éclats de rire fusent, la parole est facile, aisée, puisqu'un regard détourné efface les imperfections qui émaillent nos positions.
Toujours commentant, parfois émues, nous osons entendre ce qui pour d'autres est indéfendable. Notre amour pour nos hommes si difficiles à comprendre, si dûrs, notre soumission à leur parole, un au-delà dela souffrance qui nous est commun.
Ni l'une, ni l'autre face cachée, ne se présente inviolable : nous affrontons le regard de nos passions analytiques, avec l'appétit d'un ascète qui découvre les joies de la table.

Je suis unanime : cette amie est une femme, cette amie est analysante : cette amie, c'est moi.
 
Par Marge - Publié dans : psychanalyse
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Jeudi 8 septembre 2005

Aujourd'hui, après avoir passé en revue plusieurs moments importants de ma semaine, je me dis que je rate différamment d'avant... Vous allez me dire : pourquoi dire cela, si je rate encore ? Hier, une vieille femme qui vient me voir depuis presque un an, a commencé sa séance en me disant que "c'était la fin de son parcours chez moi". La fin de votre parcours ? Et là, ça craque : oui, elle veut mourir car sa vie n'en vaut plus la peine, elle ne s'est jamais mariée, a supporté jusqu'à sa mort une mère qui l'a empoisonnée, n'a pas eu d'enfants, tout le monde croit qu'elle ment quand elle dit qu'elle ne peut pas manger. "J'ai tout raté... Avant, c'était déjà le cas, mais depuis que je viens vous parler, je commence à pouvoir le savoir."
Mon Dieu ! (Merde, je suis sensée être athée...) Un savoir qu'elle vient juste de prendre en charge, mais quel savoir !!! Le ratage... Est-ce vraiment le cas ? Est-ce que personne ne vous a jamais aimé ?

Parce que c'est ça la seule porte : ce qui vient se gluer sur ce maudit ratage, l'amour. Si, son père... Il prenait toujours sa défense. Mais, le mensonge, la vérité, tous ces mots qu'elle n'a pas dit, ceux qu'on lui a fait ingurgiter de force et qu'elle a cru, alors qu'elle savait que c'était faux...
A la fin de sa vie, elle vient me voir, me parler parce qu'elle ne mange plus depuis plusieurs années. Elle est nourrie par une sonde gastrique. Elle a perdu l'équilibre. Au bout de ce temps de déconstruction, l'horreur se montre.
Oui, sauf que là, je suis là !

Je suis là parce que j'ai la responsabilité de ce qu'elle découvre par mon intermédiaire. L'aurait-elle découvert si je ne l'avais pas menée sur ce chemin ? Probablement pas...
Pourquoi est-ce que je fais ça à des sujets qui ont passé leur vie à n'en rien vouloir savoir ? Parce que, la vie, c'est avoir une place et l'aimer, et cette femme ne la trouvait plus, elle ne l'aimait pas.
L'amour, l'amour ? J'en parle comme si j'en savais quelque chose, alors qu'aujourd'hui, dans un autre registre, j'ai raté un geste. Un geste qui peut-être ne se représentera pas. Je l'ai raté parce que pour vivre tranquillement, il faut se déprendre de l'amour, mais comme c'est merveilleux d'être surprise !
Je ne suis pas fière d'avoir pris à la légère ce pas en avant. Je ne suis pas fière de l'avoir défié cet amour, comme si de ne pas le regarder, il ne me toucherait plus.
Cela m'a fendue en deux et je peux dire ce soir, que le ratage amoureux est le seul qui vaille la peine de vivre.
Par Marge - Publié dans : psychanalyse
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Mardi 6 septembre 2005
Serais-je devenue une "babilan", comme l'invente si bien Natacha Michel, dans son merveilleux récit, au titre fabuleux "Laissez tomber l'infini, il revient par la fenêtre" ! Un babilan, car elle utilise ce mot pour qualifier les hommes qui rencontrent des femmes pour leur parler (si, si, ça existe...). Pourquoi se plaindre qu'un homme vous parle ? Pourquoi cette drôle de pathologie de la relation devrait-elle être abolie au sens commun ?
Moi aussi, je parle... Je parle parce que je n'arrive pas à dire. Je n'arrive pas à dire que ... Alors, je parle. J'ai repris à parler en cure, c'est la rentrée de mon analyste aussi. Elle a changé ses rideaux et a mis un nouvelle couverture sur le divan, un drapé épais jaune cireux. D'un style extrêmement douteux, exactement le malaise fade qui m'habite en ce moment. Il est tout à fait probable que d'autres qui viennent ce répandre sur ce divan auront trouvé le jaune agréable, mais voilà, moi il me plaît pas... Je ne lui ai pas dit, je ne la paye pas pour lui parler de son mobilier !
Alors pourquoi je la paye ? Je la paye parce que je viens essayer de décrocher de ma parole, un dire, ce qui est si difficile et qui ne prend consistance que quand elle est là, derrière à être présente.
Figurez-vous, aussi incroyable que cela puisse paraître, cela m'est arrivée de dire.  Je trouve ça formidable...
La plupart des gens croient qu'ils parlent, mais ils ne savent pas qu'il vident leur comprenoire, sans regarder le trou qui s'y cache. Il y a un trou dans mon appareil à comprendre, il y a des trucs que je ne comprends pas.
Comme, pourquoi ce qui m'est douloureux me fait du bien ? Pourquoi est-"il" comme ça avec moi ? Pourquoi se cache-t-il ? Pourquoi je ne vis que si je sais que je vais mourir ? Pourquoi aimer, c'est manquer de quelqu'un...
Enfin, tout un tas de conneries cruciales (belle oxymore...), qui occupent mon inconscient, enfin, c'est ce que je crois (il ne me dit pas tout).
Alors, avec deux de mes amies, que j'aime profondément, je leur parle. C'est très différent de la parole "divanesque" (divanophobes s'abstenir...), mais j'aime bien leur parler. Je ne leur parle pas de la même façon, je ne comprends pas les mêmes choses face à l'une et face à l'autre.
En tout cas, s'il arrive que l'on blablate (j'ai horreur des cafards...), il est fréquent que l'on se dise quelque chose. C'est quoi alors se dire quelque chose ?
C'est entendre de la bouche de l'autre, ce qui est vivant mais qu'on ignore. J'aime ça, entendre la vie dans la bouche de quelqu'un. Je suis curieuse de savoir comment elles vivent, avec leurs hommes, avec leur angoisse, avec leur mère, avec leur corps en fait.
Je crois leur prêter assez d'intérêt pour qu'elles trouvent un peu de ça chez moi aussi : j'accepte qu'elles viennent m'arracher un bout de moi dans ce que je leur dit.
C'est cela qui est difficile avec les hommes : dans leur bulle, il y a tellement de choses qu'ils ne disent pas, ils n'ont pas cette liberté de se détacher facilement d'un bout de leur corps, et j'ai l'impression en ce moment de ne rien entendre de leur discours. A part du blabla...
Peut-être est-ce moi qui ne peut rien leur prendre pour le moment. Il m'est arrivée de venir arracher quelque chose à un homme : ça fait gros bobo ! Mais c'est intéressant...
Peut-être faut-il laisser la bulle éclater toute seule.
Vous reprendrez bien encore un peu de ... ? ? ?

Par Marge - Publié dans : psychanalyse
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