
Serais-je devenue une "babilan", comme l'invente si bien Natacha Michel, dans son merveilleux récit, au titre fabuleux "
Laissez tomber l'infini, il revient par la fenêtre" !
Un babilan, car elle utilise ce mot pour qualifier les hommes qui rencontrent des femmes pour leur parler (si, si, ça existe...). Pourquoi se plaindre qu'un homme vous parle ? Pourquoi cette drôle de pathologie de la relation devrait-elle être abolie au sens commun ?
Moi aussi, je parle... Je parle parce que je n'arrive pas à dire. Je n'arrive pas à dire que ... Alors, je parle. J'ai repris à parler en cure, c'est la rentrée de mon analyste aussi. Elle a changé ses rideaux et a mis un nouvelle couverture sur le divan, un drapé épais jaune cireux. D'un style extrêmement douteux, exactement le malaise fade qui m'habite en ce moment. Il est tout à fait probable que d'autres qui viennent ce répandre sur ce divan auront trouvé le jaune agréable, mais voilà, moi il me plaît pas... Je ne lui ai pas dit, je ne la paye pas pour lui parler de son mobilier !
Alors pourquoi je la paye ? Je la paye parce que je viens essayer de décrocher de ma parole, un dire, ce qui est si difficile et qui ne prend consistance que quand elle est là, derrière à être présente.
Figurez-vous, aussi incroyable que cela puisse paraître, cela m'est arrivée de
dire. Je trouve ça formidable...
La plupart des gens croient qu'ils parlent, mais ils ne savent pas qu'il vident leur comprenoire, sans regarder le trou qui s'y cache. Il y a un trou dans mon appareil à comprendre, il y a des trucs que je ne comprends pas.
Comme, pourquoi ce qui m'est douloureux me fait du bien ? Pourquoi est-"il" comme ça avec moi ? Pourquoi se cache-t-il ? Pourquoi je ne vis que si je sais que je vais mourir ? Pourquoi aimer, c'est manquer de quelqu'un...
Enfin, tout un tas de conneries cruciales (belle oxymore...), qui occupent mon inconscient, enfin, c'est ce que je crois (il ne me dit pas tout).
Alors, avec deux de mes amies, que j'aime profondément, je leur parle. C'est très différent de la parole "divanesque" (divanophobes s'abstenir...), mais j'aime bien leur parler. Je ne leur parle pas de la même façon, je ne comprends pas les mêmes choses face à l'une et face à l'autre.
En tout cas, s'il arrive que l'on blablate (j'ai horreur des cafards...), il est fréquent que l'on se dise quelque chose. C'est quoi alors se dire quelque chose ?
C'est entendre de la bouche de l'autre, ce qui est vivant mais qu'on ignore. J'aime ça, entendre la vie dans la bouche de quelqu'un. Je suis curieuse de savoir comment elles vivent, avec leurs hommes, avec leur angoisse, avec leur mère, avec leur corps en fait.
Je crois leur prêter assez d'intérêt pour qu'elles trouvent un peu de ça chez moi aussi : j'accepte qu'elles viennent m'arracher un bout de moi dans ce que je leur dit.
C'est cela qui est difficile avec les hommes : dans leur bulle, il y a tellement de choses qu'ils ne disent pas, ils n'ont pas cette liberté de se détacher facilement d'un bout de leur corps, et j'ai l'impression en ce moment de ne rien entendre de leur discours. A part du blabla...
Peut-être est-ce moi qui ne peut rien leur prendre pour le moment. Il m'est arrivée de venir arracher quelque chose à un homme : ça fait gros bobo ! Mais c'est intéressant...
Peut-être faut-il laisser la bulle éclater toute seule.
Vous reprendrez bien encore un peu de ... ? ? ?
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