Vendredi 7 octobre 2005




Un système informatique doit être régulièrement "désinfecté" de ses "virus" et autres objets virtuels, mais au potentiel destructeur véritable. Mon "Bit defender," pour certains qu'il n'arrive pas à virer, me scande ce message venu d'ailleurs : "DESINFECTION IMPOSSIBLE"

A la faculté, les administreurs de "bon enseignement" soignent le virus facultatif de la clinique, en opérant par dose d'antibiotiques légalistes (anti-bio, contre la vie). La bataille est rude, le virus est du genre résistant et il se propage là où on croit pouvoir le faire disparaître.
Ce matin, je suis allée rendre visite à une psychologue técécéiste qui s'est installée près de chez moi. Curieuse et estimant poliment qu'une présentation était une attitude civilisée, nous avons convenu d'une entrevue à son cabinet. Ma foi, cela s'est fort bien passé ! J'ai appris plein de choses : Comment se transmet la TCC par exemple. C'est un savoir de professeur à étudiant, elle n'a elle-même jamais subi ce type d'intervention. Pas de "comportement à modifier" dans son cas. Elle me raconte qu'elle parle de sa pratique au décours d'orientation de patients par exemple, ceux qui veulent une analyse "en profondeur". Elle a alors recours à une psychologue clinicienne qui reçoit ses patients, et à qui elle parle aussi... Beaucoup...
Mais alors, vous parlez ? ? ? Et vos patients ? Oui, ils me parlent beaucoup, c'est principalement l'objet des rencontres, les méthodes sont assez accessoires, mais elles disent "quoi faire" pour que ça se modifie.
HUMMMMM.........
Assez divisée, il me semble qu'elle même ne croit pas à sa "méthode", alors j'ose avancer que peut-être le ver est dans le fruit... Oui ! Très émue, elle me raconte une histoire de manipulation juridique de ses "données", lors d'un divorce qui se passait mal, au cours duquel elle soupconnait une maltraitance sur l'enfant. Bien qu'elle n'ait rien dit de ses soupçons, c'est comme si les parents l'avaient senti ! Ils l'ont attaquée elle, violemment, ce dont la jeune femme a eu beaucoup de mal à se remettre.
Sincèrement touchée par le récit de son épreuve, j'ai entendu la fonction de l'outil, de l'objet intermédiaire Autre que la parole et porteur d'une vérité. C'est, tout comme Oedipe semant la peste après avoir répondu à la Sphinge, un vrai danger.
La volonté de mettre de l'ordre n'a comme paradoxe que celui de créer artificiellement un ordre qui ne sait pas où se mettre, et qui s'agit. Cet ordre-là, la psychanalyse le serre dans le transfert.
L'imaginaire est un leurre constituant certes. Il ne s'imagine pas sans s'inquiéter du derrière.
Nous avons convenu de notre libre collaboration, au-delà de ses craintes de marcher sur mes plates-bandes ( mais ne vous gênez pas, entrez dans cet ailleurs que je représente !!!) et de déjeuner prochainement ensemble.
Elle finit par me raconter dans un éclat de rire, ce professeur si directif, qui a toute une pièce de son cabinet, où il cultive les objets d'exposition : araignées, souris, cafards, etc. Tout ce dont il peut avoir besoin pour exposer l'objet de la phobie à ses patients. "A-t'il un vide aussi ? J'avais peur du vide moi avant ma cure..." Nous rions de bon aloi, mais je me dis : diantre ! Si le réel échappera toujours (c'est une hypothèse de travail !!) à sa mise en réseau, il n'est pas dit que ceux qui auront essayé de l'évincer s'en sortent intacts...
Quel pratique immonde que la psychanalyse ! Ouvrir son corps aux attaques virales du signifiant et parcourir des dangers pires que ceux que la phobie a pauvrement imaginé...
Heureusement qu'on n'en guérit pas de la vie, ça me tuerait !
par Marge publié dans : psychanalyse
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Lundi 3 octobre 2005



Jeudi matin, j'ai été appelée pour parler aux étudiants de psychologie de la Faculté où j'ai fait mes études. En effet, ils ne sont pas au courant du fait que l'on essaye de supprimer leur filière, de la manière la plus sournoise qui soit, en proposant d'éradiquer la théorie qui la rend pertinente : la psychanalyse.

Les attaques frontales ont toujours renforcé la psychanalyse, qui y voit une occasion de se mettre encore plus du côté de ce qui subvertit le discours commun. Aujourd'hui, ce discours commun est d'apparence bureaucratique (pour simplifier les choses, parce que les critiques nous empechent de travailler), mais il cache mal sa visée uniformisante : une pensée unique, celle qui coute le moins cher, celle qui a des allures de science, celle qui ne nous pose pas trop de questions.

Tout cela donne envie de vomir, et comme je le disais à quelqu'un qui a été insulté de la même bêtise dans une autre discipline de soin, il faut défendre sa parole, il faut se faire entendre, quitte à avoir de vrais ennemis, pour ne pas perdre son âme.

L'âme est loin d'être une idée stupide, même si pour moi l'origine de celle-ci m'intéresse peu. Dans ce contexte de sauvegarde des cliniques, elle va de pair avec l'honneur, l'intégrité et la légitimité intellectuelle.
J'aime cette photo du Che, parce qu'il relève la tête comme par défi, seulement, dans son regard se niche un intéret pour l'autre, même si il sait déjà ce qu'il va dire pour le défaire.
L'usage du cigare chez les hommes géniaux du XX° siècle devrait nous inciter à regarder de plus près la puissance orale que ces barreaux de chaise représentent...
Alors, je leur ai parlé : sans cigare, mais avec ma passion, ma rage de conserver cette formation pour d'autres personnes qui au fond ne m'intéressent pas. Mais c'est ma clinique, ce sont les principes que j'ai choisi, ceux pour qui j'ai mis mon genou à terre plus d'une fois, en regardant le sol, humble par tant d'exactitude, de beauté dans le concept, de finesse dans le détail qui tue.
J'ai aimé la folie de mes professeurs, leurs coups de gueule sur des interprétations divergentes des textes de Lacan, entre 1953 et 1956.
Lundi, je vais moi aussi entamer une nouvelle année universitaire, du côté de ceux qui professent (j'ai toujours rêvé un jour d'être pro-fessée... lol), et ma rage, qui n'est qu'une expression contrariée du désir, je la promènerai dans leurs interstices, pour qu'enfin, ils puissent m'apprendre pourquoi je fais ça.
par Marge publié dans : psychanalyse
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Lundi 26 septembre 2005
Il m'arrive de rencontrer des situations difficiles, comme tout un chacun. Sauf que vu ma complexe paradoxalité, cela prend souvent des proportions délicates.
Je dis quelque chose dans un mouvement très impulsif, et après j'essaies de corriger le tir. Le premier jet est souvent le reflet d'une vérité inconsciente, qui dépend de mon fantasme, et qui est donc foncièrement mensongère. En effet, quand on a un schéma de base qui s'apparente à "Laisses-moi tomber ou aimes-moi à en mourir", ça laisse peu de place au compromis, au tact, somme toute à la vie.
J'ai beaucoup appris de quelqu'un qui ne supportait pas ce premier jet, et auprès duquel le second était vain. Ca m'a rendue responsable.
Aujourd'hui, je me rends compte que ce premier jet advient lorsqu'une situation m'angoisse par dessus tout (c'est une angoisse non-organique, décorporée), celle où je peux perdre quelque chose.
Auquel cas, je termine, j'achève, je clos, je ferme.
Le traitement de ce pas en arrière, c'est un énorme coup dans la gueule : Assumes !

Les gens normaux savent bien ce qu'il faut faire ou dire. Moi, je ne sais plus sur quel pied danser, c'est déjà un progrès, par rapport aux premiers temps, où je ne dansais jamais que du même pied.
Cela fait de moi, une paradoxale absolue.
C'est à cause de cela que je suis tombée amoureuse de Karen Blixen.
Elle est extrêmement attachée à sa mère, donc elle la quitte. Elle a peur de finir vieille fille, donc elle se débrouille pour être une épouse solitaire.
Elle ne peut vivre sans la présence de son Denys, donc elle le pousse, avec ses crises et ses reproches, à se barrer en safari en compagnie de lionnes aux odeurs jalouses.
Touchant les tréfonds de la mélancolie en son absence, elle peut alors jouir d'une façon mystique aux instants bénis, qu'il daigne lui donner de temps en temps.

Parfois, je la dessine dans mes brumes : le visage sec et fragile, la peau tendue d'avoir trop souri aux étoiles.
Etiolée dans la chaleur des savanes, elle est perdue et donc, irrémédiablement chez elle.

Un connard d'universitaire écrit sa biographie, et commence en disant : "Si nous acceptons de parler de Karen Blixen, c'est dans la mesure où l'on laisse de côté ses paradoxes inextricables."
MAIS C'EST LE SEUL POINT FONDAMENTAL, CONNNNAAAAARRRRRDDDDD!

Vous l'aurez compris, je hais les discours qui essaient de barrer ce qui fait la beauté d'un être, en l'occurence une femme. Une femme, avec deux m, quatre ponts entre l'océan de la chair et l'impossible à rejoindre.
Denys Finch Hatton était un cruel. Un cruel raffiné, comme peuvent l'être les hommes qui craignent et sont attirés par le mystère de l'affame. Un veul magnifique, qui comparait leurs éternelles discussions, aux échanges théologiques majeurs entre Saint François et Sainte Claire.
Des heures entières à parler... Elle aimait ça, cela rendait l'amour à sa vraie fondation : le plaisir à dire.
Dis-moi que tu m'aimes, dis-moi que tu ne me le diras pas ! Si tu ne me le dis pas, c'est que tu m'aimes vraiment, car quand on le dit trop, c'est qu'on n'aime pas assez. La bouche grande ouverte sur le panthéon, il n'y a plus de fin, plus de vie, plus de corps, plus d'espace.
L'infini, c'est pas pour les gentils. L'infini, ce n'est pas l'infiniment grand ou petit, c'est l'absolution de toute référence.
En dehors de l'amour, il y a les gentils. Fermes les yeux Karen, une épaule viendra. Même si tu n'en veux pas.
par Marge publié dans : psychanalyse
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Jeudi 22 septembre 2005
                                                            



Ecriture indélébile, image gravée dans la chair, voilà que parfois je me prends à la nécessité de tatouage. Avatar de mes expériences d-passées, il y a eu un moment dans ma cure où enfin, je ne perdais pas tout, où quelque chose restait d'un passage.
Sait-on jamais ce que l'on fait lorsque l'on rencontre quelqu'un ? Je peux dire qu'avant un point de dépassement très précis, la vie filait sur moi comme l'eau sur les ailes d'un canard. La main perpétuellement tendue vers l'impossible, je ne recueillais que ce qui s'évapore. Rien !  La douleur de ne rien avoir de sa vie est infinie. Je n'ai rien : je suis toute dans ma douleur.
Et puis un choc frontal, un accident très grave avec un homme, a ouvert une brèche, un trou qui ne se referme pas depuis, et où quelque chose peut entrer, se colmater, comme un défaut  où plein de petits débris peuvent se loger.
Ces petits débris, avant, il me fallait les dessiner artificiellement : Montrer sa douleur dans un corps qui n'était pas atteint organiquement : "Mais enfin, Mademoiselle, je ne vois rien !" C'est bien ce que je dis... Il doit y avoir quelque chose.
Des années plus tard, plus besoin de démontrer quoique ce soit : je suis tailladée, amputée, tatouée de petits riens, invisibles à l'oeil, mais audible pour qui me regarde de travers. Une flagellation passionnée où des marques sont apparues, celles de la femme de moi. Je ne suis pas tout le temps dans cette femme. Elle, pourtant, silencieuse est toujours là, prête à ce qu'on la trouve.
Je suis passée dans la rivière, quelqu'un m'a donné une éprouvette, j'ai osé la mettre à l'eau, et depuis, je ramasse quelques petits poissons.
Poissons d'eau douce, des mers du sud, il y a du poids. C'est lourd à porter, je me suis lestée : ancrée dans les pieds de mon antre, fragile des vents qui m'effleurent.
Il y a une île quelque part, un endroit que l'on n'aperçoit que lorsque l'on rêve d'horizon. Au loin, paupières forcant la limite,  un point. C'est là, je ne pourrais peut-être pas y retourner quand je le voudrai, mais c'est à demeure. Ile est là.
La constance de cette présence est le début du désir d'y repartir, repartir dans l'aventure qui m'écrira encore, en corps de coco, de piment violent et de couleurs foncées.
Je n'ai pas tout, un tatoo définitif, noir et blanc, aux sommets effacés, aux rondeurs suaves et au creux duquel, un jaillissement souterrain gronde.
par Marge publié dans : psychanalyse
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Vendredi 16 septembre 2005
"Sois sage, ô ma Douleur, et tiens-toi plus tranquille.
Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:
Une atmosphère obscure enveloppe la ville,
Aux uns portant la paix, aux autres le souci."

Ce soir, j'ai écris de grosses conneries ! J'allais raconter une rencontre qui m'a stupéfaite avec quelqu'un cette semaine, une très jeune femme qui en avait consulté des psys de tout poil, et que j'ai réussi à surprendre et à introduire à un autre discours.
Pourquoi c'est une connerie ? Parce que c'est pas à moi de m'honorer d'avoir fait autrement que les hypnotiseurs, les magnétiseurs, les cognitivistes, les coach anti-phobie, les psychiatres, etc. Ces gens experts, qui savaient tellement, qu'elle n'en pouvait plus de leur savoir plein.
J'ai renversé la donne, certes, en lui disant que je ne savais pas, mais que je voulais travailler avec elle, que ce serait difficile.
Certes, elle a été très étonnée, héberluée même. Je pense que ça va marcher ensemble.
C'est une technique issue de ma cure analytique ! Je sais que je ne sais pas, mais en même temps, je le sais... Paradoxe d'un savoir qui est creusé d'un trou, et qui fait appel alors, à ce qui va pouvoir se mouvoir chez l'Autre.
On ne raconte pas un cas sur internet, c'est déontologiquement interdit. Pourtant, quand j'écris cela, je me rends compte que si c'est "interdit", c'est que ça peut se dire entre les lignes, inter-dit. Moi, je raconte mon cas... Mais pas vraiment, n'est-ce pas ? Vous ne vous y méprenez peut-être pas tant que ça.
J'aime les contorsions dans la rencontre analytique, le biais quand on y arrive. On me défie de pouvoir la guérir ? Je réponds que je ne sais pas ce que c'est, mais que j'en ai envie.
Ce désir n'est pas pour moi lié à une volonté de débarasser le monde, voire un sujet, de ses problèmes. Un sujet tient à ses problèmes, à ses symptômes, et il a bien raison.
Moi non plus, je ne voulais pas qu'on m'en débarasse, je savais quelque part, qu'ils n'étaient pas là pour décorer.
Par contre, je voulais savoir pourquoi. C'est toujours le cas. C'est un beau symptôme, n'est-ce pas ?
Quand on est très bizarre, quand notre corps crie des mots que l'on ne comprend pas, c'est quand même l'apogée de la souffrance, mais c'est aussi le début de la fin. Quand on se met à vouloir perdre ce cri, on commence déjà à s'en séparer, et c'est très dur. Vivre sans ce cri, c'est admettre qu'il va falloir crier autre chose.
Quelque chose qu'on n'a pas envie de savoir, mais pour vivre, il faut pouvoir supporter de le savoir. Ca met du temps, beaucoup de temps.
J'aime mon petit métier, mon désir d'être là pour ceux qui crient et qui veulent continuer à être entendus...
En revenant sur ce que j'ai écris précédemment, et que vous ne lirez jamais, je me démontre aussi que cet amour, je ne peux pas vraiment en jouir, ou du moins, je le mets à la corbeille.
C'est pas rien que de devoir lâcher un bout de plaisir. Même si c'est un désir de vous écrire combien j'ai été formidable sur ce coup-là, ça m'arrive parfois.
Je n'y suis pour rien, c'est plus fort que moi, j'aimerais pouvoir vous faire entendre qu'il n'y a pas de secrets à révéler, que la médiocrité de l'inconscient, sa monotonie n'est brisée que par l'absolue singularité de la rencontre avec un inconscient différent, une médiocrité différente aussi, inconnue mais qui demande à être lue.
On ne sait rien de rien, mais c'est quand même pas rien. Je vais retourner à ma patience, et dégorger mon ego, toujours trop prompt à se mesurer avec lui-même.
Et le vôtre ? Est-ce qu'il ronronne avec moi ?
par Marge publié dans : psychanalyse
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